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mercredi 17 juin 2015

Colloque : l'Afrique émergente

L’Université Paris Descartes (Paris 5) organise demain un colloque qui a pour thème : l'Afrique émergente.
Vous trouverez ci dessous le programme


I – QUELLE EMERGENCE POUR L’AFRIQUE ? (9h30-12h30)
Présidence  de Pierre Pascallon, Président de Participation et Progrès,
9h 30 : Pascal Chaigneau, Professeur à l’Université Paris Descartes Sorbonne Paris Cité, Centre Maurice Hauriou.
« XXX »
9h50 : Thierry Garcin,  Maître de conférences à HEC, directeur de programmes à Radio France, Centre Maurice Hauriou.
« La notion d’émergence »
10h10 : Derek El Zein, Maître de conférences à l’Université Paris Descartes Sorbonne Paris Cité, Centre Maurice Hauriou, Avocat à la Cour.
« Investissements internationaux et émergence en Afrique»
10h30 : Michael Strauss, Journaliste, Expert en Géopolitique.
« La primo-spécialisation : un frein à l'émergence africaine ? » 
10h50 : débat
11h10 : pause
11h25 : Fouad Nohra, Maître de conférences à l’Université Paris Descartes Sorbonne Paris Cité, Centre Maurice Hauriou.
« Politiques éducatives et émergence en Afrique »
11h45 : Mustapha Benchenane, Politologue de l’Université Paris Descartes, Conférencier au Collège de l’OTAN
« Stabilité politique et développement économique dans l’Afrique sahélienne»
12h05  Débat
12h25 fin de la première partie
II- ETATS EMERGENTS ET ETATS PIVOTS EN AFRIQUE
 (14h00- 16h30)
Présidence de Pascal Chaigneau, Professeur à l’Université Paris Descartes, Centre Maurice Hauriou, EA 1515
14h00 : Delphine Lecoutre, Maître de conférences à l’EDHEC.
« L’Union africaine dans une Afrique émergente »
14h20 : Michel Raimbaud , Ambassadeur de France, Directeur Honoraire de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides
«Nigéria, Afrique du sud : la compétition pour le leadership africain»
14h40 débat
14h50 pause
15h05 : Sonia Legouriellec, Chargé d’études à l’IRSEM
« Le cas de l’Ethiopie comme puissance émergente » 
15h25 : Reda Mezoui, Professeur à l’Université d’Alger, Directeur du Laboratoire des Politiques Publiques à Alger
 « Quelle place pour l’Algérie dans l’environnement économique africain ?»
15h45 : débat
16h00 : Conclusion : Pierre Pascallon, Président du Club Participation et Progrès
16h20 : clôture

mardi 2 juin 2015

Recension : « Peacekeeping in Africa. The evolving security architecture »



Les articles et ouvrages sur le maintien de la paix ne sont pas légion. Depuis le début des années 1990, le nombre d’articles ou d’ouvrages académiques sur le sujet se multiplie, rejoints ces dernières années par des travaux sur l’architecture de paix et de sécurité en Afrique (APSA). L’ouvrage de Thierry Tardy et Marco Wyss s’inscrit dans cette ligne. 
Les dernières interventions militaires en Afrique, suivies d’opérations de maintien de la paix, ont démontré à quel point le sujet était en constante évolution. Selon Megan Gleason-Roberts et Alischa Kugel, nous traversons « a pivotal time ». Le continent africain apparaît comme un laboratoire pour tester les différentes dimensions du maintien de la paix. Il serait l’ « epicentre of peacekeeping », selon les auteurs de l’ouvrage. D’une part, parce qu’il accueille le plus grand nombre d’opérations et de personnels civils et militaires de l’Organisation des Nations Unies (ONU), d’autre part, du fait que le nombre d’acteurs non onusien est en constante progression (UA, EU, CER, non gouvernementaux, États). Les expériences du Mali et de la République centrafricaine montrent qu’une réponse hybride se dessine. En effet, différents acteurs interviennent, et pas nécessairement successivement, mais plutôt conjointement. Ces évolutions sont autant de défis pour les acteurs africains du maintien de la paix qui sont devenus, selon les auteurs : « real stakeholder ». Elles ont des conséquences normatives et pratiques indéniables.
Au début des années 2000, un nouveau principe a émergé : « Try Africa first , « les solutions africaines avant tout ». La nécessité de solutions endogènes aux crises et conflits africains est collectivement assumée. Le rôle dévolu à la régulation par la région est essentiel et devient une pièce maîtresse du système. En effet, l’architecture de sécurité continentale prend appui sur les sous-régions afin de gérer la conflictualité. L’ONU a également favorisé ce régionalisme en donnant la possibilité aux organismes régionaux d’assurer le maintien de la paix, encadré par le chapitre VIII de la Charte des Nations unies, une « nouvelle division international du travail [1]», en quelque sorte.
Cette construction d’une architecture de paix et de sécurité est donc un projet qui s’inscrit dans le temps long des grands projets historiques. Le sujet intéresse particulièrement  les universitaires, au-delà des aspects techniques du processus. C’est l’ambition de l’ouvrage présenté ici. Ce travail réunit dix-sept chercheurs et offre une analyse riche des évolutions et des défis du maintien de la paix en Afrique, dans le contexte de la construction d’une architecture de paix et de sécurité.
L’ouvrage est divisé en trois parties, qui présentent  les évolutions institutionnelles, l’implication de nouveaux acteurs et quelques cas d’étude. Dans un premier temps, les auteurs analysent l’évolution des opérations de maintien de la paix sur le continent africain, puis celle des opérations menées par des Africains, au Burundi, au Soudan et en Somalie. Le panorama dressé par les premiers chapitres met en parallèle l’évolution des conflits sur le continent, des opérations de maintien de la paix de l’ONU et l’africanisation des opérations. Leurs conclusions sont connues. La cohérence et la coordination doivent être renforcées dans une période de contraintes budgétaires et où les initiatives ad hoc se multiplient. Sont également traitées dans cette partie : l’approche européenne du maintien de la paix et la question centrale du financement des opérations. Ce dernier point pose le problème de l’appropriation des opérations après l’africanisation, et donc celui de l’autonomie. Le schéma actuellement retenu – financement des opérations par les bailleurs extérieurs - n’est pas tenable sur la durée. La recherche de solutions alternatives est essentielle et régulièrement à l’ordre du jour des sommets et forums internationaux. Dans le chapitre consacré à cette problématique, David Ambrosetti et Romain Esmenjaud étudient quatre modes de financement et s’interrogent sur la volonté des Africains à être autonomes dans le domaine de la gestion des conflits. Ils ouvrent un agenda de la recherche, pour des travaux en économie politique des opérations de paix, et ce que cela nous révèle des politiques des États africains.
Dans la deuxième partie de l’ouvrage, consacrée aux politiques de la Chine, de l’Inde et de la France, l’implication de la Chine dans le maintien de la paix est étudiée comme une tentative d’influer un système onusien dont elle se sent exclue. Une position en partie partagée par l’Inde, qui ne veut pas que les opérations de l’ONU soient un « cheval de Troie » des puissances occidentales. En revanche, la France a une approche parfois ambigüe, comme la crise ivoirienne l’a montrée. Son intervention a été rendue nécessaire par le manque de moyens des instances continentales et de l’impasse politique.
 La dernière partie rassemble un ensemble de cas d’étude. Elle aborde à la fois le rôle des voisins régionaux dans la persistance d’une crise, et dans le même temps, leur engagement dans la résolution de celle-ci, notamment en RDC et en Somalie. Dans le cas du Mali, on comprend le caractère hybride de la réponse qui se dessine, avec les difficultés des interactions entre une organisation régionale comme la CEDEAO, l’UA et l’ONU... L’importance de la compréhension des acteurs et du contexte local nous est rappelée par l’exemple congolais. Le chapitre suivant analyse les difficultés à établir un cadre normatif, notamment avec la Responsabilité de protéger, au Darfour.
L’ensemble de l’ouvrage apporte une réflexion stimulante sur la pratique des interventions de paix en Afrique. L’originalité de cette étude est de ne pas se focaliser uniquement sur l’ONU et de proposer une analyse globale incluant aussi bien les acteurs africains que les nouveaux acteurs étatiques parmi les plus traditionnels. La conclusion est classique. L’enjeu de moyens est politique, tant pour les Africains que pour les acteurs exogènes ; qu’ils soient étatiques ou institutionnels. La légitimité de chaque acteur est questionnée, directement ou implicitement, dans toutes les contributions. Il est question d’une part d’interroger ce que cette extraversion du maintien de la paix en Afrique nous révèle des acteurs extérieurs au continent, ainsi que de leurs intérêts, et d’autre part, ce qu’elle nous révèle des États africains et des élites au pouvoir.


[1] Mélanie CATHELIN, Le rôle international d’un État: construction, institutionnalisation et changement. Le cas de la politique canadienne de maintien de la paix en Afrique, thèse de doctorat (sous la direction de Daniel COMPAGNON), Université Montesquieu Bordeaux IV - IEP Bordeaux, Décembre 2008.

lundi 28 avril 2014

Guinée Bissau : vers un retour à la légalité constitutionnelle ?

750 000 électeurs étaient appelés aux urnes le 13 avril 2014, pour le premier tour de la présidentielle et pour les législatives Bissau-Guinéennes, cette ex-colonie portugaise de 1,6 million d'habitants. 13 candidats se présentaient à la présidentielle et 15 partis aux législatives. Ces élections auraient dû se tenir un an après le dernier putsch du 12 avril 2012, qui avait renversé le régime du Premier ministre Carlos Gomes Junior et interrompu les élections générales, mais elles ont été reportées à plusieurs reprises. Jeune Afrique tire d’ailleurs ce constat : « en vingt ans de multipartisme, aucun Premier ministre ni aucun président n'est allé au terme de son mandat ». 
Le second tour se tiendra le 18 mai 2014 et il verra s’affronter deux candidats. L’ancien mouvement de libération, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), et son candidat, José Mario Vaz, arrive sans surprise au second tour de la présidentielle et il obtient 55 des 102 sièges à l'Assemblée nationale populaire, soit la majorité absolu. La surprise est créée par Nuno Gomes Nabiam (25,1 %), candidat indépendant et directeur de l'aviation civile. Ce dernier bénéficie du soutien de l’armée, notamment d'Antonio Indjai, le chef d'état-major, et des Balantes (la principale ethnie du pays).
Ci-dessus répartition ethnique en Guinée-Bissau
Ci-dessus répartition des votes lors du premier tour des présidentielles

Ces élections ont rencontré peu d’échos en France. Pourtant, les enjeux dépassent les frontières de l’Etat ouest africain et la pression internationale a été déterminante dans la tenue de ces élections. Le 19 avril le Washington Post consacrait d’ailleurs un article aux « multiples dimensions d’uneélection dans un petit Etat d’Afrique », nous reprenons, en partie, ici les conclusions :
D’une part, les bailleurs internationaux ont largement financé ces élections. Selon un rapport de l’Union Européenne : « The international community financed the entire electoral process with one-third of the contributions coming from the European Union. The elections had a cost of almost US$17  per voter, which was on the higher side of the world average and well above the African average of US$7 » (ICI coût des élections en général). De plus, il y a sur place près de 680 observateurs locaux et 400 observateurs étrangers (dont 200 de la CEDEAO et 46 de l’UE), en partie formée à l’étranger. Par ailleurs, la diaspora est appelée à voter pour les élections législatives et pour la premières fois pour les présidentielles. Ils sont 22 312 à être enregistrés et deux des 102 sièges du Parlement sont réservés aux représentants de la diaspora. Le pays était sous pression de la communauté internationale qui envisageait de nouvelles sanctions si les élections n’étaient pas tenues. L’Union africaine avait suspendue le pays après le coup d’Etat et a déjà annoncé « que dès l'annonce du vainqueur auxélections présidentielles et la prise de fonctions du nouveau Présidentconformément à la Constitution de la Guinée Bissau, le pays sera invité àreprendre sa participation aux activités de l'UA ».
José Mario Vaz (à gauche), Nuno Gomes Nabiam (à droite)


La Guinée Bissau est financièrement « au bord de la banqueroute » rappelle l’International Crisis Group qui prévient : « le vote ne réglera rien si les partenaires internationaux n’accompagnent pas la Guinée-Bissau dans la période cruciale qui suivra l’investiture du nouveau président. Ils devront le faire en améliorant encore leur coordination dans les derniers jours qui restent avant les scrutins, mais surtout pendant et après le vote. » Par ailleurs, l’armée a toujours joué un rôle politique fort dans le pays, et a contribué à entretenir le chaos institutionnel,  l’un des enjeux à venir est donc de savoir comment les responsables des forces de défense et de sécurité, pour certains mêlésau trafic de cocaïne, accepteront la transition et la remise en cause de leurs privilèges. D’autant plus que c’est le candidat arrivé second au premier tour des présidentielles qui bénéficie du soutien de l’armée. Si le PAIGC remporte les élections il devra donc agir avec discernement et trouver des compromis pour pouvoir gouverner.
Résultats officiels des élections : ICI

jeudi 14 juin 2012

Quels pompiers pour éteindre le feu malien ?

Face à l’interconnexion des crises au Mali, une intervention militaire se dessine et l’Union Africaine serait préférée à la Communauté Economique Des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Pourtant, malgré ses récents succès, l’exemple de la mission de l’Union Africaine en Somalie reste un modèle discutable.

Le 17 janvier dernier, un coup d’Etat atypique a porté au pouvoir des militaires reprochant  au  président malien sa faiblesse dans le traitement de la rébellion au Nord. Sans expérience politique, sans soutien international, la junte ne parvient alors pas à stopper l’avancée de la rébellion. Alors que la CEDEAO vient de prolonger la transition politique, les combats se poursuivent dans le Nord du pays. L’afflux de réfugiés et la possible propagation de la rébellion touarègue dans les pays voisins inquiètent les gouvernements de la région et les puissances extérieures qui craignent de voir AQMI et ses alliés tirer bénéfice de ce chaos. Le scénario d’une intervention militaire se dessine de plus en plus mais elle ne pourra se faire sans un soutien extérieur.

Quel mandat pour quelle mission ?

Les puissances traditionnelles, France et Etats-Unis en tête, ne soutiendront qu’une mission sous mandat des Nations unies, ce qui exclut une intervention non mandatée par le Conseil de sécurité comme ce fut le cas des interventions de l’OTAN dans les Balkans à la fin des années 1990. Une intervention internationale de l’UE ou de l’OTAN sous mandat de l’ONU (comme en Libye l’année dernière) a également été écartée.
Jeudi dernier, le Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali s’est prononcé pour une saisine par l’Union Africaine (UA) du Conseil de Sécurité des Nations unies en vue de la création d’une force d’intervention. En effet, le Conseil de sécurité est le seul à même de décider des mesures coercitives nécessaires s’il estime qu’il existe une menace contre la paix et la sécurité internationale. Cette initiative avait déjà été lancée fin mai par Boni Yayi, président en exercice de l’UA et président du Bénin. Le mandat d’une telle force reste néanmoins flou : restructurer l’armée malienne, restaurer l’ordre constitutionnel, rétablir la souveraineté étatique au Nord du pays, combattre les groupes terroristes, criminels ….
Une intervention conjointe entre l’ONU et l’Union Africaine comme la MINUAD au Darfour a peu de chance d’aboutir. En effet, selon le rapport Brahimi, l’ONU n’est pas disposée à déployer une mission militaire lors d’une situation similaire à celle que traverse le Mali. Deux autres scénarii sont rendus possibles eu égard au régionalisme à deux niveaux qui constitue la singularité du continent africain : une intervention sous régionale (CEDEAO) ou régionale (UA). Dans les deux cas, c’est au Conseil de sécurité de l’ONU de faire appel, si besoin, aux organismes régionaux comme « bras armé ».

La CEDEAO éclipsée par l’Union Africaine ?

La réaction rapide de la CEDEAO au coup d’Etat au Mali et en Guinée Bissau a été décisive (ICI). L’organisation régionale souhaite également que Bamako retrouve ses droits dans le Nord du pays. Une intervention régionale parait donc légitime (sous condition de l’accord des autorités maliennes). Les dirigeants de la région approuveraient cette intervention militaire mais Florent de Saint–Victor, dans une tribune publiée sur le site Atlantico, a montré les difficultés d’un déploiement éventuel de la force de la CEDEAO. Cette intervention paraît d’autant plus improbable que le mandat de la mission reste à définir, condition fondamentale pour obtenir les soutiens financiers et logistiques des Etats-Unis ou de la France. Par ailleurs, pour le président de l’UA, la force d’intervention doit réunir tous les pays de la région au-delà  de la CEDEAO. Or l’Algérie, la Mauritanie et même la Libye ne sont pas membres de l’organisation mais devront pourtant être associés aux décisions. Une position que semble partager les Etats-Unis et la France qui s’échine chaque jour à convaincre le géant algérien d’être le régulateur de cette crise.

La CEDEAO poursuit son travail de médiation même si son action dans la crise parait dorénavant peu probante. La pression exercée a en tout cas forcé la junte, menée par le capitaine Amadou Sanogo, à faire quelques concessions et à entamer une transition politique. Pour Gilles Yabi, de l’International Crisis Group, « le mandat d’une éventuelle mission militaire de la CEDEAO ne serait pas nécessairement un mandat d’intervention offensive contre des militaires maliens ou contre des groupes armés au Mali. Cela pourrait être un mandat de soutien à la remise sur pied d’une structure de commandement claire et à la protection des institutions civiles. » Par ailleurs, gardons à l’esprit que dans trois crises (Libéria, Sierre Leone et Côte d’Ivoire) la CEDEAO est intervenue en amont des forces de l’ONU permettant ainsi une réaction rapide.  Le problème du financement s’est néanmoins posé à chaque intervention, accélérant le déploiement d’une mission de l’ONU. Au Mali, l’intervention se rapprocherait du cas somalien or l’exemple de l’AMISOM explique les réticences de l’ONU à prendre le relais dans un tel contexte.

L’AMISOM, un modèle pour le déploiement d’une intervention de l’Union Africaine ?

Une intervention militaire africaine sous mandat de l’ONU se dessine suivant le modèle  de l’AMISOM (Mission de l’Union Africaine en Somalie). Une référence surprenante quand on connait les difficultés rencontrées par cette mission. De contre-exemple depuis 5 ans, l’AMISOM, après les victoires obtenues ces dernier mois contre le Shebab, serait donc devenues un modèle à suivre…
Créée en 2007 pour combler le manque de réaction des acteurs internationaux et prendre le relai des troupes éthiopiennes présentes sur place, cette mission autorisée par le Conseil de Sécurité et agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte ne devait pas excéder une période de six mois et l'ONU devait rapidement prendre le relais. Or, l’AMISOM est toujours déployée et le relais onusien se fait toujours attendre. Par ailleurs se pose la question du financement d’une opération de l’UA au Mali alors même que l’opération en Somalie vient d’être renforcée. L'extension du mandat de l’AMISOM, décidée en début d’année, accroit le coût de la mission qui passerait ainsi de 310 millions de dollars à 510 millions. Certes, l’UE finance largement la mission mais la résolution 2036 de l’ONU appel de nouveaux contributeurs. L’Union Africaine et ses partenaires peuvent–ils se permettre une nouvelle opération à l’autre extrémité du continent dans une période de crise économique financière de surcroit ?
La définition d’un mandat clair et précis reste primordiale et l’AMISOM est loin d’être un exemple. En Somalie, la mission de l’Union Africaine a en effet manqué aux principes fondamentaux de neutralité et d’impartialité. L’opération est intervenue  alors qu’il n’y avait aucune paix à maintenir. C’est un théâtre de guerre où l’accord des parties était loin d’être acquis et dans lequel les mandats et les ressources étaient inadéquats et la force inadaptée à la lutte anti-terroriste. Pour Jean-Nicolas Bach et Romain Esmenjaud, l’AMISOM a « de nombreuses caractéristiques qui la rapprochent d’une intervention militaire traditionnelle (soutien à une partie au conflit, recours régulier à la force, absence de commandement multinational, intéressement des contributeurs dont la participation à l’opération s’inscrit dans une stratégie de promotion d’intérêts nationaux…) » .

Aujourd’hui, l’espace sahélien semble durablement déstabilisé. A l’heure du retrait d’Afghanistan, la région devient-elle un nouveau front antiterroriste ? Il y a surement des leçons à tirer de l’interventionnisme en Somalie mais certainement pas en faire un exemple. Jean-François Bayart et Roland Marchal, deux chercheurs français, ne cessent d’appeler à la prudence lorsqu’on évoque des interventions militaires face à Al Qaïda ou ses alliés dans la bande sahélienne. Ils constatent un rétrécissement de la sphère politique au profit du contre-terrorisme et mettent en garde contre la radicalisation de certaines organisations combattantes. Le piège serait donc de voir la CEDEAO ou l’UA se transformer en « pompier-pyromane »…

Cette article a bénéficié d'une publication parallèle sur le site Atlantico.

vendredi 3 février 2012

Journée d'étude : La charte africaine des droits de l’homme et des peuples

Le CRDH de l’Université Paris II organise une journée d’étude le vendredi 10 février 2012 à l’occasion de la publication du commentaire article par article de la Charte africaine.
Lieu : Université Paris II, Centre Panthéon, Salle des Conseils, (escalier M, 2ème étage)12 place du Panthéon, Paris V°

Lire la Charte ICI

Site de la Commission Africaine des Droits de l'homme et des peuples ICI




Renseignements et inscriptions auprès du CRDH : crdh@u-paris2.fr

Programme :
Ouverture : (14 h – 14 h 30)
- Emmanuel DECAUX, directeur du CRDH, président du Comité des disparitions forcées.
- Ibrahim SALAMA, directeur de la division des traités relatifs aux droits de l’homme, Haut- Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme.
- Souhayr BELHASSEN, présidente de la FIDH.
- Maurice KAMTO, professeur et ancien doyen de la faculté de sciences juridiques de Yaoundé, membre de la Commission du droit international, ancien ministre.

Table ronde I : Quels droits ? sous la présidence d’Angela MELO, directeur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO : (14 h 30 – 15 h 30)
- Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, par Mouloud BOUMGHAR, professeur à l’Université d’Amiens.
- Les droits culturels entre droits individuels et droits collectifs, par Mesmer GUEUYOU, avocat.
- Droits civils et politiques, droits économiques et sociaux, par Emmanuel GUEMATCHA, doctorant à l’université Paris Ouest Nanterre la Défense.

Table ronde II : Quels organes ? sous la présidence de Paul TAVERNIER, professeur émérite à l’Université Paris XI : (15 h 30 – 16 h 30)

- Les Etats, l’Union Africaine et la Charte, par Alioune FALL, professeur à l’Université de Bordeaux.
- La Commission africaine, par Françoise PACCAUD, allocataire-moniteur à l’Université Jean-Moulin Lyon III.
- La Cour africaine, par Roland ADJOVI, lecteur à l’Université américaine d’Arusha.

pause café

Table ronde III: Quels acteurs ? sous la présidence de Stéphane DOMBE-BILLE, professeur à l’Université Jean Moulin Lyon III, directeur du CDI (17 h – 18 h)

- Le juge africain et la Charte, dans le cadre national et sous-régional, par Baba Hamady DEME, allocataire-moniteur à l’Université Jean-Moulin Lyon III.
- Les Institutions nationales des droits de l’homme, par Mutoy MUBIALA, Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme.
- Les ONG et la société civile, par Florent GEEL, chargé de mission, bureau Afrique de la FIDH.

Conclusions (18 h – 18 h 15), par Jean MATRINGE, professeur à l’Université Versailles Saint-Quentin en Yvelines.
Cocktail de clôture : Appartement décanal.

A lire :

- Alioune Badara Fall, "La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples : entre universalisme et régionalisme",Pouvoirs, 2009/2, n°129

- Marielle Debos, "La création de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Les dessous d’une ingénierie institutionnelle multicentrée", Cultures & Conflits, 2005/4 (n° 60), [en ligne] ICI

- Fatsah Ouguergouz, "La Cour africaine des droits de l'homme et des peuples - Gros plan sur le premier organe judiciaire africain à vocation continentale",Annuaire français de droit international, 2006, Volumeb52, Numéro 1, pp.213-240 [en ligne] ICI

- Aude Vogel, "L’Afrique revisite son histoire précoloniale : une Magna Carta africaine ?", Jambo, n°2, février-mars 2012, [à paraitre]

mardi 24 janvier 2012

Des bâtiments à la hauteur des ambitions et des défis africains

Dans la lignée des nombreuses initiatives en vue de renforcer les capacités de l’Union Africaine, le nouveau siège de l’organisation de l'Union Africaine devrait être inauguré en grande pompe cette semaine par le président chinois M. Hu Jintao en parallèle de l’ouverture du 18ème sommet de l’UA.


La Chine a financé et construit un nouveau centre de conférence à la hauteur des ambitions de l’Union Africaine. Le montant estimé du complexe est de 130 millions USD. La construction, commencée en janvier 2009, a été réalisée par la firme chinoise China State Construction Engineering Corporation (CSCEC). L’argent leur est d’ailleurs directement versé, sans transiter pas par l’UA. Les bâtiments couvrent une superficie de 112000 m2 (offerte par l’Ethiopie), avec un bâtiment principal de 20 étages et une salle de conférence de 2500 places




L’Allemagne construit juste à côté le nouveau bâtiment du Département Paix et Sécurité pour 26,5 millions d’euros. Un montant qui s’inscrit dans le cadre du portefeuille de l’aide globale de près de 100 millions d’euros consacrée par l’Allemagne aux projets de construction de l’UA. Ce bâtiment devrait accueillir le personnel du Département, une grande salle pour les sessions plénières du CPS, une bibliothèque, une salle de travail, une salle de situation, une salle de conférences, etc.





Les bâtiments actuels :



On regrettera de voir que les pays africains, notamment les plus riches d’entre eux, n’aient pas contribué au financement du symbole du renouveau du panafricanisme.

jeudi 3 novembre 2011

L'Union Africaine à sec ?

L'Union Africaine et de nombreux États Africains se sont vus reprocher leur hésitations à condamner Kadhafi et son régime. Nous avons rappelé sur ce blog l'importance du leader libyen dans l’équilibre politique, parfois économique, de certains pays.


En 2009, le financement de l'organisation provenait (grossièrement) à 75% de contributions internes et plus particulièrement des pays d'Afrique du Nord : Libye (15%), Égypte (15%), l’Algérie (15%) soit 45% pour ces pays du Nord suivent ensuite le Nigeria (15%) et l'Afrique du Sud (15%). L'équilibre des financement s'est inversé en 2010 (avec 55% de financements extérieurs), et la situation politique du continent devrait accentuer cette tendance. En effet, la chute du régime libyen, le printemps arabe.. induiront surement une plus grande dépendance encore de l'Union africaine envers ses partenaires extra-continentaux.

L'inquiétude est de mise,pour Jean Ping, président de la commission de l’UA « la situation en Afrique du Nord pourrait mettre en difficulté nos activités budgétaires. Il faut sécuriser nos ressources et les rendre pérennes (...) la main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit ».

dimanche 20 février 2011

L'échec de l'AMISOM

L’AMISOM était initialement envisagée comme une opération transitoire jusqu’au déploiement d’une force onusienne or aucune des étapes prévues par le mandat de la mission n’a été réalisée. Initialement planifié pour un déploiement de six mois, le mandat de l’AMISOM a été prorogé de six mois à plusieurs reprises. La résolution 1964 du 22 décembre 2010 le prorogeant jusqu’au 30 septembre 2011.
Les résolutions 1744, et 1772 du Conseil de sécurité de l’ONU précisent les objectifs de la mission :

- « Favoriser le dialogue et la réconciliation en Somalie en concourant à assurer la liberté de mouvement, les déplacements en toute sécurité et la protection de tous ceux qui prennent part au dialogue;
- Assurer, le cas échéant, la protection des institutions fédérales de transition afin qu’elles soient en mesure d’assumer leurs fonctions et veiller à la sécurité des infrastructures clefs ;
- Aider, selon ses moyens et en coordination avec d’autres parties, à la mise en œuvre du Plan national de sécurité et de stabilisation et en particulier au rétablissement effectif et à la formation des forces de sécurité somaliennes sans exclusive ;
- Contribuer, à la demande et selon ses moyens, à la création des conditions de sécurité nécessaires à l’acheminement de l’aide humanitaire ;
- Protéger son personnel, ainsi que ses locaux, installations et matériel, et assurer la sécurité et la liberté de mouvement de son personnel.»

Roland Marchal propose, de façon cinglante, d’appeler la mission AMIMOG au lieu d’AMISOM car il est surtout question de la capitale somalienne. Ce mandat est particulièrement ambitieux dans un tel environnement d’insécurité et ridiculement faible en troupe. A titre indicatif si on voulait atteindre le même ratio troupe/population qu'en Afghanistan il faudrait déployer 40 700 soldats… Or les Shebaab multiplient les attaques contre les troupes de l’AMISOM et découragent les autres pays de contribuer au renfort. De fait le quota de troupes autorisé (8100) n’a été atteint qu’en décembre 2010. Pourtant le Nigeria, le Malawi et le Ghana s’étaient engagés à envoyer des troupes.
Cantonnée au rôle de protectrice des Institutions fédérales de transition, elles-mêmes contestées, la mission s’exposait dès le départ aux attaques des insurgés. Peut-on même parler de maintien de la paix alors que le conflit est en cours ? En Somalie il n'y a pas de paix à maintenir puisqu'il n'y a même pas d'accord de paix. La mission n’a pas, par nature, vocation à résoudre le conflit. Initialement elle devait consolider la victoire militaire éthiopienne de décembre 2006 puis la normalisation issue du processus de Djibouti (2008). Cependant lors des accords de Djibouti, les islamistes se sont divisés entre d’un côté Cheikh Sharif Cheikh Ahmed (clan Hawiye Abgal), de l’aile modérée de l’Alliance pour la Relibération de la Somalie (ARS) devenue de fait ARS-Djibouti et élu président du Gouvernement d’Union National (GUN) par le Parlement en janvier 2009. Et de l’autre côté Hassan Daher Aways (clan Hawiye Haber Gedir Ayr) dirigeant d’Hizbul Islam (le parti de l’Islam (8)) fondé en février 2009 en réaction à l’élection de Cheikh Sharif Cheikh Ahmed (photo). Ce groupe est une coalition de quatre groupes islamistes opposés au président somalien jugé trop modéré : l’Alliance pour la Re-libération de la Somalie-Asmara issue de la scission de l’ARS au moment de la conférence de Djibouti, Muaskar Ras Kamboni, Jabhatul Islamiya, Muaskar Anole.
Par ailleurs en protégeant le GFT contre les insurgés islamistes, l’AMISOM manque à son rôle fondamental de neutralité et d’impartialité. D’autant plus que le GFT a lui-même échoué à mettre en place un processus de réconciliation. Les dissensions entre ce gouvernement et la communauté internationale sont significatives à cet égard. Le mandat du Parlement qui devait expirer en août 2010, tout comme celui du GFT a été prolongé, début 2011, de trois ans sans que cette « non-transition » soit débattu avec les partenaires du gouvernement comme l’ONU. Or le GFT a perdu toute légitimité auprès de la population incapable d’instaurer un minimum de sécurité. La survie du GFT dépend plus du soutien de la communauté internationale que des Somaliens. L’AMISOM pâtit aussi de ce manque de légitimité. Les Shebaab profitent des bavures de la mission pour activer leur propagande anti-GFT et anti-AMISOM. Force est de constater que les islamistes ont réussi à se faire passer auprès de la population pour un mouvement de résistance opposé à ce qui est dorénavant perçu comme coalition Ethiopie/GFT grâce à une propagande bien mené et facilité par l’échec de la stratégie de communication du gouvernement de Cheikh Sharif Cheikh Ahmed.

Face à la pression exercée par les insurgés sur les forces de l’AMISOM, le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, a demandé un mandat plus offensif. Le 15 octobre 2010 le CPS de l’UA appelait à un renforcement des troupes : 20 000 hommes pour la composante militaire, 1680 éléments de police, un blocus naval et une zone d’interdiction aérienne au-dessus de la Somalie. L’UA voulait également financer la mission au moyen des contributions obligatoires, qui seraient mises à disposition de la mission à l’intérieur et à l’extérieur de la Somalie.
Cependant la résolution 1964 de décembre 2010 a autorisé l’augmentation des troupes mais uniquement un supplément de 4000 troupes (soit 12000 au total). La mission dépend toujours directement des donateurs. Cette insuffisance et l’imprévisibilité du financement est aussi un facteur dissuasif pour les potentiels contributeurs de troupes. L’ONU dans la résolution 1964 le rappelle elle « engage les donateurs à coopérer étroitement avec l’Organisation des Nations Unies et l’Union africaine afin que les fonds et le matériel voulus deviennent disponibles rapidement, notamment en ce qui concerne la solde à verser aux membres des contingents de l’AMISOM, le soutien logistique autonome et les dépenses afférentes au matériel appartenant aux contingents, en particulier le matériel meurtrier ». En effet, l’AMISOM n’est ni équipée, ni organisée, ni employée pour mener une lutte armée. La logistique ne le permet pas : pas de capacité maritime ou aérienne, difficultés d’approvisionnement en munitions, en matériel militaire et en pièce de rechange.

lundi 17 janvier 2011

N. Sarkozy : tournée africaine

Suite de notre billet sur la visite de Nicolas Sarkozy en Ethiopie (ICI).




Cette visite aurait lieu le 30 ou 31 janvier. Une seule journée pour 2 rendez-vous : une rencontre avec le premier ministre Meles Zenawi et une participation au sommet de l'Union africaine, au cours duquel le président Français doit prendre la parole. Selon la dernière édition de la LOI ce voyage pourrait être prolongé :
- soit à Djibouti pour une cérémonie officielle de signature des nouveaux accords de défense,
- soit au Kenya où le président pourrait aborder les questions de G20 et de la Côte d'Ivoire avec les dirigeants locaux,
- soit en Afrique du Sud pour y rencontrer Jacob Zuma qui a lui-même prévu une visite officielle en France pour le mois de mars.

Source : LOI

mercredi 1 décembre 2010

L'UE perd du terrain en Afrique ?

Hier dans les enjeux internationaux (France Culture), Eric Laurent recevait Antoine Glaser, le rédacteur de la Lettre du continent. Le sujet portait sur le sommet UE-UA.


Résumé : "Ce sommet est marqué par un désenchantement croissant des deux parties. Au fil des années, les précédents sommets se sont progressivement vidés de leur substance et les relations bilatérales entre les états européens et leurs homologues africains ont repris le dessus. Sur un continent marqué par une influence et une présence accrues de la Chine, l'Europe semble par trop passive et agit en ordre dispersé. D'autre part, les problèmes sécuritaires (en matière de lutte contre le terrorisme), qui devraient être au coeur des débats, ne semblent pas trouver de solution satisfaisante..."
Vous pouvez écouter l'émission ICI

lundi 4 octobre 2010

Demain 40 700 soldats en Somalie (MàJ 5/10/10)

Mon titre est un peu provocateur je vous l'accorde mais il représente le nombre de soldats qu'il faudrait déployer en Somalie si on voulait atteindre le même ratio troupe/population qu'en Afghanistan.
Ce chiffre relativise l'envoie de 2000 hommes afin de renforcer les 6000 de l'AMISOM déjà sur place.
Mais surtout le renforcement des troupes n'est pas une réponse réaliste d'autant que la mission de maintien de la paix de l'AMISOM est tronquée...en Somalie il n'y a pas de paix à maintenir puisqu'il n'y a même pas d'accord de paix...
Le 5 octobre le président ougandais déclarait lors d’une réunion avec des membres du Comité militaire de l’UE que « l’Ouganda peut fournir seul les 20 000 soldats requis » par l’UA pour venir à bout des insurgés d’Al-Shebab.

vendredi 27 août 2010

Saison 2010-2011 : pourquoi la Corne va vous passionner ?

Mercredi le président Sarkozy a fait son traditionnel Discours aux ambassadeurs (ICI). Olivier Kempf d'EGEA nous propose son analyse ICI. Il note à propos de l'évocation de la Somalie : "Cela me paraît nouveau, et je crois qu'il y a là une inquiétude, et qu'on n'a pas fini, cette année, d'évoquer la Corne de l'Afrique". Merci Olivier de mettre la lumière sur cette région dont on ne s'intéressait que depuis la piraterie alors que les germes des problématiques actuelles existent depuis des décennies.

Revenons au discours. Que dit le Président ?
"De l'autre côté du Golfe d'Aden, en Somalie, l'enjeu est clair : les attentats meurtriers de Kampala, en juillet, ont montré que les milices islamistes des Shebab ont désormais la capacité d'étendre leurs combats bien au-delà des frontières. Leur victoire à Mogadiscio transformerait la Somalie en base de départ d'Al Qaïda. Elle achèverait de déstabiliser toute une région déjà fragilisée par les déchirements du Soudan."

1ère remarque : Les Shebabs contrôlent déjà presque entièrement Mogadiscio. Depuis la fin des années 90 on s'inquiète de voir la Somalie devenir une base arrière pour Al Qaida ou ses mouvances.
Par ailleurs le mouvement des Shebab compterait dans ses rangs entre 3000 et 4000 combattants maximum (dont 800 étrangers). Bien sûr ces chiffres ne sont pas vérifiables. Disons que c'est la fourchette qui nous intéresse. Mais les forces de l''AMISOM en face sont 6000. Nous aurons beau augmenter leur nombre (8000 à terme), c est la mission qui doit être modifiée (voir ICI).
Les Shebabs sont appuyés par Hizbul Islam même si de nombreuses tensions existent entre les deux. Le gros problème c'est qu'ils ont réussi à se faire passer auprès de la population pour un mouvement de résistance opposé à la coalition Ethiopie/GFT. Les Shebab seraient financés par les milieux d’affaire somaliens au Kenya, aux Emirats Arabes Unis et en Somalie soient de façon volontaire, soit à titre de protection. Les avis divergent sur le lien entre pirates et islamistes. Certains avancent que les Shebab ponctionnent un pourcentage de rançons collectés par les pirates. Voir billet ICI


2ème remarque : C'est après le référendum d'indépendance du Sud Soudan en 2011 que la région risque d'être déstabilisée.
D'ailleurs l’Envoyé spécial russe pour le Soudan, Mikhail Margelov, a exprimé jeudi dernier ses craintes qu’« en tant que membre de la communauté internationale et du Conseil de sécurité de l’ONU, nous ne voulons pas une situation semblable à la Somalie au Sud-Soudan ». Peut être la solution du référendum imposée par l'extérieure (Etats-Unis) lors des accords de paix n'était pas la meilleure solution.... L'indépendance du Sud Soudan va créer un précédent sur un continent et surtout dans une région déjà fragilisée par les rebellions autonomistes (Afars, Ogaden, Oromo...). Le quasi Etat du Somaliland attend toujours sa reconnaissance par la communauté internationale.

"La France contribue par sa présence militaire à Djibouti, au Tchad et en RCA, à la stabilité régionale. Elle va accentuer son effort en Somalie, en réponse aux demandes de l'Union africaine et avec ses partenaires européens. Après les 500 formés à Djibouti, ce sont 2.000 soldats somaliens qui sont actuellement entraînés en Ouganda, tandis que la force africaine AMISOM dont nous avons déjà formé 5.600 hommes, va être renforcée. Bien sûr, il n'y aura pas de solution purement militaire. L'Union européenne, premier donateur d'aide, doit maintenir son effort et, avec tous les autres soutiens extérieurs, aider le gouvernement à élargir son assise politique, préalable nécessaire à la reconstruction de structures étatiques. C'est ce chemin aussi qui permettra de régler dans la durée le problème de la piraterie"



3ème remarque : Dès le début du mandat de l'AMISOM les pays africains (à part l'Ouganda et le Burundi qui avaient besoin d'occuper leurs troupes) ont refusé d'envoyer des troupes dans ce bourbier. De même la mission était au début envisagée comme une opération transitoire jusqu’au déploiement d’une force onusienne or aucune des étapes prévues par le mandat de la mission n’a été réalisée. La pression americano-européenne aidera t-elle à faire évoluer les choses ?

4ème remarque : L'Européanisation de la politique africaine n'est pas forcément pour plaire aux dirigeants de la région. C'est l'une des pierres d'achoppement de la renégociation des accords de défense entre la France et Djibouti.

5ème remarque : Pourquoi vouloir à tout prix reconstruire (construire ?) des structures étatiques dans une société segmentée qui n'a jamais accepté l'existence d'un pouvoir central ? Le nationalisme a tellement marqué l’histoire postcoloniale du pays que la question de l’Etat et son articulation avec la segmentation clanique de la société a été occultée. L'échec de notre politique est là ! Pourquoi vouloir greffer un système qui n'a pas de sens dans cette société ? Le pouvoir politique est présent à chaque niveau de la société, le monopole de la violence légitime par l’Etat n’a donc aucun sens pour les Somaliens et encore moins après l'expérience de S.Barré. Et pourquoi vouloir mettre en place un pouvoir basé la représentation proportionnelle des clans alors que les alliances claniques sont conjoncturelles ?

Qu'en pensez vous ?

vendredi 6 août 2010

Bilan du Sommet de l'UA : esclandre de kadhafi, CPI, Somalie...


Quel bilan tiré du 15ème Sommet de l’Union Africaine qui s'est tenu du 25 au 27 juillet 2010 à Kampala consacré au sommet de Kampala aux thématiques de la santé maternelle et infantile et du développement en Afrique ?

- Pour la première fois les chefs d’états ont participé à un débat public, sur le thème central, diffusé en direct sur BBC World.
- En Afrique, toutes les minutes une femme sur seize meurt en accouchant. L’Union Africaine a donc interpellé dans le communiqué final les pays membres à mettre en œuvre la Campagne pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle en Afrique, CARMMA. Le CARMMA, devrait être lancé d’ici la fin de l’année dans au moins vingt pays de l’Union.
- Une nouvelle fois le guide Libyen a fait parler de lui. Souhaitant faire adopter par l’Union, son grand projet de Gouvernement avec la mise en place d’une autorité de l’Union Africaine il a quitté la séance qui a du être suspendu. Si l’Afrique australe et orientale restent réticentes aux propositions de Khadaffi, certains pays d’Afrique de l’Ouest notamment le Tchad, le Sénégal, la Gambie... le soutiennent et n'ont pas vraiment le choix s'ils veulent continuer à percevoir les pétrodollars libyen. Le communiqué final ne dit pas ce qu’est advenu de ce débat...
- Jean Ping (le président de la Commission) a indiqué qu’il réaffirmerait son soutien au président soudanais, car la Cour Pénale Internationale fait preuve «d'acharnement» contre l'Afrique en n'ayant à ce jour lancé des poursuites que contre des suspects africains.
-L’autre grand sujet qui est revenu lors de ce sommet c’est la paix et la sécurité en Afrique, surtout après les attentats de Kampala et l'assassinat de Michel Germaneau. Le renforcement de l'AMISOM a été annocé (mon billet ICI). Selon Ramtane Lamamrane, la Commission de l’Union est en contact avec une dizaine de pays pour la fournir d’éventuelles troupes et avec une dizaine d’autres pour la fourniture de matériels militaires.
- Ont aussi été évoqués les situations : du Soudan, des Comores, de Madagascar, du Niger, et le processus de paix en Cote d’Ivoire
-L’IGAD a tenu une réunion essentiellement consacrée au cas la Somalie en marge du sommet. Cette séance de travail a regroupé les chefs d’Etat et de gouvernements des pays membres de l’IGAD, des représentants des Etats-Unis, de la France et de la Grande Bretagne. Selon des sources diplomatiques, l’Italie serait prêt à octroyer une aide de 2 millions d’euros pour appuyer le projet de l’IGAD. La Norvège accorderait aussi une enveloppe de 50 millions d’euros en vue de la mobilisation d’une force des Nations Unies.